Construire une relation de confiance avec votre poilu

On a eu la chance de discuter avec Mathilde, éducatrice canin à Paris depuis plus de 4 ans. Découvrez son métier, c'est juste passionnant !

Hello Mathilde,
On t’a découverte sur instagram : on a tout de suite accroché avec ton univers, ta manière de présenter ton métier. On a immédiatement eu envie d’en savoir plus ! 


Qu’est-ce qui t’a donné envie de devenir éducatrice canin ? 

Suite à mon Bac j’ai fait une première année de Droit le temps de me trouver, puis un Bac+3 dans la Culture.  Au sortir du diplôme, les soucis liés au secteur étaient déjà là : cut des subventions, très peu de postes. J’ai eu la chance d’être passionnée par un autre milieu vers lequel je souhaitais me tourner, contrairement à certains camarades qui ont continué en Master, sans trop savoir où ça allait les mener. 

J’adorais les chiens. J’avais beaucoup d’amis dans le milieu canin, donc je me suis renseignée sur le métier qui me correspondrait le mieux, et je me suis vite lancée!


Quelle formation tu as choisi pour y arriver ?

J’ai passé le brevet professionnel d’éducateur canin, le  « BP canin » en reconversion pour adultes. J’ai fait partie de la promo 2015. Dans le milieu canin il y a deux possibilités. Soit le BP canin : tu retournes en lycée agricole pendant 1 an et tu obtiens le diplôme d’état, soit l’ACACED. Il s’agit d’une petite formation sur 3 jours qui permet de se lancer en tant que professionnel dans le milieu (éleveur, promeneur, éducateur…). Mais souvent les gens font une formation privée en parallèle pour être mieux formés. 

On a régulièrement des contrôles du ministère de l’agriculture qui vient checker, faire le ménage dans les formations…Du coup j’ai choisi le BP : c’est une vraie formation d’état, donc beaucoup plus safe! 


Comment est-ce que tu t’es lancée ?

J’ai fait mon BP en Champagne Ardenne, puis je suis revenue à Paris. 

J’ai proposé à des amis des cours à tarifs réduits pour m’exercer. J’ai lancé mon entreprise en Avril 2017, quelques mois après le BP canin. À ce moment-là j’ai travaillé avec une grosse entreprise d’éducation canine pendant 1 an. Je ne voulais pas être salariée, j’avais envie d’être ma propre cheffe d’entreprise. J’ai vu plein de choses, j’ai pu m’exercer et gagner en compétences, mais au bout d’un an je suis partie et je me suis lancée en solo! 


Comment sont arrivés tes premiers élèves ?

Principalement par le bouche à oreille ! J’ai certains quartiers où je suis très implantée maintenant ! Certains clients arrivent via 3 personnes différentes. 

J’ai fait pas mal de partenariats avec les vétérinaires aussi. Ils recommandent les gens avec qui ils aiment travailler depuis plusieurs mois, années. J’ai commencé par 1 véto, puis 2 puis 3 puis 4… Ça me faisait une grosse arrivée de clientèle, et j’ai aussi lancé mon site internet qui a tout de suite bien marché. J’ai beaucoup bossé sur mon référencement sur Google, ça a payé.  Aujourd’hui les nouveaux clients arrivent naturellement. 


C’est comment d’être éducatrice à Paris ?

Il y a largement de quoi faire !  Souvent les personnes qui se tournent vers ce milieu ou ce métier ont soif de nature, de grands espaces… Étant parisienne, je voulais m’installer ici. 


Quel type de chiens tu vois le plus souvent ?

Quand je travaillais dans le 94, j’avais plus de chiens agressifs, pas mal de races comme les malinois. Dans le centre parisien j’ai une clientèle un peu différente : on est plutôt sur des chiens sensibles connaissant des problèmes d’anxiété, des réserves vis à vis des humains ou des autres chiens, des phobies sur le milieu environnemental… Même si je rencontre quotidiennement une grande pluralité des cas et profils ! 

Pourquoi consulter ? Quels sont les motifs les plus fréquents ?

Sur la population française, il y a environ 20% des propriétaires de chiens qui iront voir un comportementaliste. C’est assez peu finalement ! 

À tout âge on peut apprendre et travailler, donc je travaille avec des chiens adultes, des chiots, des seniors… Quand on est sur des chiens adultes, âgés de10-12 ans : il y a X années minimum d’habitudes à détricoter, et il faut accepter que ça prend du temps! 

Il existe différents signaux d’alarme qui peuvent nous mettre la puce à l’oreille et donner envie de consulter.  En France on est assez peu pointilleux avec nos chiens. En Angleterre, en Suisse ou en Allemagne,  ils sont plus exigeants et stricts vis à vis du comportement de leurs chiens.

En ce moment j’ai un client qui a mis 7 ans avant de se tourner vers quelqu’un alors que le chien n’est vraiment pas facile. Beaucoup de gens aussi me racontent qu’ils ont adapté leur comportement pendant longtemps : ne pas croiser d’autres chiens, éviter certains lieux, au lieu de faire appel à un éducateur. Il y a aussi des clients plus alertes dès le départ qui ont le réflexe de m’appeler, puis on définit ensemble si la situation est grave ou pas. 

Je n’ai pas de statistiques sur le profil des chiens « à problèmes ». Cela fait 2 années de suite que j’ai beaucoup de « croisés ». Notre génération - les millenials- adoptent des chiens qui viennent de refuges, qui ont été sauvés ou récupérés en Roumanie, à la Réunion… Cela crée des situations particulières. Mais j’ai aussi des chiots sortis d’élevage qui ont des problèmes. Souvent, il s’agit d'une relation qui ne fonctionne pas entre le propriétaire et l’animal. C’est le binôme qui ne roule pas.

J’ai de plus en plus de clients qui viennent me voir pour me demander conseil avant l’adoption : « Quelle race ? Élevage ou SPA ? Est-ce que mon mode de vie pourra correspondre à ce chien ? » Je trouve ça top ! C’est important de se demander quelle race pour ma personnalité, pour mon mode de vie. L’idéal, c’est de se compléter correctement plutôt que de se tirer l’un et l’autre dans un sens comme dans l’autre… Si un maître n’a pas la maitrise de ses émotions, alors il lui faudra un chien plutôt serein, et vice versa. Globalement il faut éviter que les extrêmes se rencontrent niveau personnalité. 


On vit à Paris, dans une ville où l’immobilier est cher et les espaces restreints. Que penses-tu du fameux «pas de chien en appartement » ? 

Aujourd’hui je vis à paris avec mon berger belge de 4 ans et demi. 

Je préfère un Husky à Paris qui est stimulé tous les jours (exercices, balades…) qu’un Husky en jardin qui ne fait rien et dont personne ne s’occupe ! C’est une question de bonne gestion des besoins. Un chien a besoin de manger, boire, voire la lumière du jour, être stimulé physiquement, et intellectuellement.

Comment gérer les « modes » de chiens en territoire urbain ?

Des modes, il y en aura toujours ! Il faut faire avec.

Il y a un aspect lucratif qui est là. Le corgi est le meilleur exemple de cela. Avant, les chiots corgis coûtaient moins de 1000 euros et désormais, on avoisine plutôt les 2000 euros. Quand je rencontre un propriétaire et qu’on fait le premier entretien : il faut le prévenir, et en même temps le rassurer sur le fait qu’il a acheté telle ou telle race avec ses caractéristiques, sans laisser entendre qu’il a été victime d’un système. L’exemple du shiba inu est parlant également. À l’adolescence, il va probablement rencontrer des problèmes avec ses congénères de même sexe, il pourrait avoir des difficultés à s’entendre avec les autres si on ne fait rien…  


Le souci c’est que tous les éleveurs ne font pas le travail de prévention auprès des adoptants, et certains ne choisissent pas les clients adaptés à la race qu’ils vendent. Beaucoup de professionnels sont hyper soigneux et extrêmement connaisseurs de leur race, et de ce qu’ils veulent lui apporter, mais forcément, il y a toujours des personnes qui profitent des opportunités de mode, et c’est là où le problème apparaît.  L’aspect primordial lors d’un effet de mode est de bien prendre connaissance des spécificités de la race en question, et de ne pas hésiter à visiter plusieurs élevages afin d’avoir une bonne idée de la correspondance de ce type de chien avec notre personnalité, et notre mode de vie / notre quotidien.


Où est-ce que tu exerces ?

Le premier RDV, dit « bilan », s’effectue au domicile du client. Il s’agit d’un entretien d’1h, 1H30 pendant lequel je rencontre la personne pour échanger et observer le chien chez lui. 

A cette occasion, je fournis un premier cours théorique très complet, et place un diagnostic lorsque cela est nécessaire. Je donne aussi des exercices préparatoires à faire, afin de commencer à répondre au besoin du client, puis on détermine ensemble les besoins : soit on part sur des cours à domicile et dans leur quartier, soit je travaille au jardin du Luxembourg.

Oui, j’adore mon bureau ! (rires)


Comportementaliste / éducatrice: quelles sont les différences ? 

Je ne me considère pas comme juste « comportementaliste »,  je suis avant tout éducatrice canin. En général le comportementaliste vient à domicile et discute pendant plusieurs heures avec le propriétaire, donne des conseils, et fait un suivi par téléphone au bout de plusieurs semaines. 

Tandis que l’éducateur/rice canin connait l’aspect comportementaliste, mais est surtout un coach qui vous accompagne lors de séances pratiques : la personne pratique des exercices auprès du chien, et guide le propriétaire afin qu’il se familiarise et assimile au mieux les leçons, pour ensuite, les mettre en pratique dans son quotidien. Au fur et à mesure des séances, nous augmentons en compétence, jusqu’à atteindre les objectifs attendus par mon client.

Un petit mot pour la fin ?

Le plus important dans mon job c’est l’Humain, le courant qui passe. 

Il y a de la place pour tout le monde dans ce métier, réputé pour avoir un côté assez individualiste. Certains professionnels aiment dire qu’ils aiment les chiens et pas les maitres. J’ai eu plusieurs étudiants éducateurs en stage qui tenaient ce discours. Moi j’adore les chiens, voir la pluralité de leurs profils, me casser la tête le soir sur les exercices pour les aider au mieux… mais j’aime surtout les gens  ! Les aider, les écouter, leur remonter les bretelles parfois (rires) ! 

Avec beaucoup de bienveillance, toujours. Je travaille autant pour le chien que pour eux. On est prestataires de services, on est là pour les aider. Il faut que le propriétaire se sente en confiance avec nous. Je suis toujours très reconnaissante lorsqu’un client se confie à moi. Je suis toujours ravie quand le client me raconte des choses, dont il n’est pas toujours fier, d’ailleurs : on est humains ! C’est normal de se tromper, d’évoluer. Moi aussi j’ai connu des hauts et des bas quand j’ai commencé !

Dans ce travail, la relation de confiance créée avec le client et son chien, ainsi que leur évolution, sont très précieuses.

Pour contacter Mathilde :

06 62 25 62 34

mlegrand.educ@gmail.com

@mlegrand.educ

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